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Ornement – Bibliographie

Christine Buci-Glucksmann, Philosophie de l’ornement, d’Orient en Occident, Galilée, 2008.

« Christine Buci-Glucksmann se propose d’établir une esthétique transversale, qui serait la réalisation de la “beauté libre” dont parle Kant. Elle n’a rien d’une théoricienne austère et hors du monde : ses pensées naissent de ses voyages au Japon, en Andalousie, à Istanbul et à Tanger. Ces expériences vécues n’ont fait que renforcer sa conviction concernant le devenir de l’art. Elle découvre à l’Alhambra de Grenade un merveilleux exemple de ce qu’elle appelle la “perspective de l’abstrait”, où l’artifice imite la nature et la diversifie à l’infini pour permettre la construction d’un espace décoratif à la fois linéaire et aérien, sans oublier le déroulement d’une ligne ornementale courbe, sinueuse et ondulante, qui se déploie en une spirale et “constitue l’une des matrices ornementales les plus importantes”. Dans la peinture, cette parega (Kant) est “tout ce qui ne fait pas partie de la représentation de l’objet”. Au-delà de toutes contradictions, elle esquisse un art d’une autre nature : “N’est-ce pas à travers la pensée que s’accomplira le grand rêve matissien d’un “espace cosmique illimité” ; où le travail de la ligne courbe retrouve la “respiration de la mer” comme dans sa Vague (1952) ? ”
À Vienne, à l’époque de la Sécession, un conflit envenimé survient entre l’esthétique inspirée à la fois du Japon ancien et de Byzance de Gustav Klimt et celle, dépouillée et austère, défendue par l’architecte Adolf Loos qui publie un pamphlet sulfureux, Ornement et crime (qu’il faudrait plutôt traduire par “Crime et ornement”). Deux visions du monde s’affrontent : l’univers ornemental, saturé de rythmes sensuels et même érotiques, et un univers livré à la géométrie pure. Notre auteur trouve à Barcelone un autre paradigme de l’esprit moderniste, le Catalan Gaudi : Salvador Dali qualifie son architecture de “zone érogène tactile” qui “se hérisse comme un oursin”. Quittant Barcelone, ses pas la conduisent à Venise, cette “ville orientale” à l’esthétique polysémique (elle songe à la Prédiction de saint Marc par Bellini où Venise et Alexandrie sont confondues en une seule et même cité idéale). Ces pérégrinations l’entraînent ensuite dans le temps : elle plonge dans les turpitudes stylistiques (à commencer par les grotesques) du maniérisme que Mario Praz a tant goûtées. Le maniérisme exalte “la sprezzatura” et l’artifice au rang suprême. C’est alors qu’a débuté la véritable “odyssée de l’arabesque”, cette calligraphie abstraite et ambiguë. L’art islamique lui fournit les clefs de cet art qui s’empare de l’architecture pour la métamorphoser et qui a eu tant d’importance aux yeux de Matisse quand il séjourne à Tanger, lui permettant de dépasser le dilemme entre le motif et le fond et de définir un “Orient différé” par le jeu savant de la couleur. De Klee à Warhol, de Stella à Taffe, l’auteur expose avec conviction un sentiment de la modernité qui n’appartient qu’à elle avec le désir de proposer une Critique de la raison ornementale comme fondement d’une nouvelle philosophie de l’art actuel. »
Giorgio Podesta, in Les Lettres Françaises, n°47, avril 2008.

Design et merveilleux. De la nature de l’ornement, HYX, 2019.
« Le catalogue Design et Merveilleux : de la nature de l’ornement, réalisé dans le cadre de l’exposition éponyme du Musée d’art moderne et contemporain de Saint-Étienne Métropole, nous montre cette évolution; trait d’union entre « le naturel et le surnaturel » (Étienne Souriau), où l’ornement s’ouvre alors à la notion de « merveilleux ».
L’ouvrage questionne une histoire récente du design où la notion d’ornement se donne au cœur de nouvelles logiques de conception et de production. L’ornement réapparaît au premier plan au début des années 1980, en Italie, avec le groupe Memphis. Une nouvelle approche libératoire transforme alors l’ornement en système narratif. Avec l’avènement du numérique et la redéfinition du rôle de l’ornement, dès les années 2000, la forme ornementale se donne à présent dans une dimension calculée de morphogenèse : sa dynamique s’ancre dans les processus de croissance de la nature. Dans toutes ces réalisations, la dimension générative de la nature a conféré à l’ornement un rôle structurel nouveau.
S’appuyant sur une sélection d’œuvres de plus de cinquante artistes, organisée en sept thématiques accompagnées de notices, quatre essais (Marie-Ange Brayer, Spyros Papapetros, Martine Dancer-Mourès et Sophie Fétro), nous donnent à lire et comprendre, l’évolution du design et de l’ornement, à l’ère du numérique. Une période où l’ornement s’ouvre à la notion de « merveilleux » dans une nouvelle dimension générative de la nature. »

Thomas Golsenne, « L’ornement aujourd’hui », in Images Re-vues [En ligne], 10 | 2012.
« Cette introduction à <em>Inactualité de l’ornement</em> est une tentative de comprendre dans la longue durée pourquoi, en Europe, l’ornement a été problématisé de manière morale, et pourquoi, depuis la seconde moitié du XIXè siècle environ, il a fait l’objet de critiques sans précédent. L’article cherche d’abord dans les sources philosophiques et chrétiennes de la théorie européenne de l’ornement la constitution d’une éthique du décor. Puis il se focalise sur le passage, aux XIXè-XXè siècles, à une moralisation de l’ornement qui l’exclut du domaine de l’art. Enfin, il s’interroge, à partir du post-modernisme, sur les fonctions positives de l’ornement dans le monde contemporain. »
URL : http://journals.openedition.org/imagesrevues/2416

Thomas Golsenne, « Politiques de l’ornement », retranscription d’une conférence présentée lors du colloque Ergon et Parergon. Arts décoratifs, arts appliqués, arts industriels : les beaux-arts et les autres, organisé par Alexandre Biès et Carole Talon-Hugon, Université Côte d’Azur, Nice, 1-2 février 2017.

Thomas Golsenne, Michael Dürfeld, Georges Roque, Katie Scott et Carsten-Peter Warncke, « L’ornemental : esthétique de la différence », in Perspective, 1 | 2010, p.11-26.
Sommaire
Thomas Golsenne, L’ornemental : esthétique de la différence / Ni ornementation, ni décoration / La force de l’ornemental est-elle un vitalisme ?
Katie Scott, Motifs et métaphores de l’ornement sous l’Ancien Régime / Fleur de lis / Agrafe / Masque / Corne d’abondance
Georges Roque, Ornement et modernisme / Ornement et hiérarchie entre les arts / Ornement et couleur / Ornement et art abstrait
Michael Dürfeld, L’ornemental comme ornement intrinsèque
Carsten-Peter Warncke, Modernité versus ornement : révision d’une idéologie
URL : http://journals.openedition.org/perspective/1200

Claude Humbert, Ornamental design, Office du Livre, 1970.

« Ce livre est conçu comme un manuel pratique, essentiellement visuel, destiné à tous ceux dont l’activité nécessite l’utilisation de motifs ornementaux. Nous nous sommes limités au choix de mille motifs, sélectionnés parmi plus de cinq mille relevés effectués dans les bibliothèques et musées d’Europe et d’Orient, au cours de voyages. Ce choix a été réalisé essentiellement sur la base de l’évolution des signes graphiques.
(…)
Une brève étude sur le graphisme ornemental permettra une lecture et une interprétation plus étendue des mille motifs présentés.
(…)
Nous souhaitons que cet ouvrage constitue un instrument de travail. Il remplirait ainsi le but que nous nous sommes fixé. »

Laurent Koetz et Estelle Thibault, « Ornement architectural et expression constructive : concepts d’hier et débats d’aujourd’hui », in Images Re-vues, 10 | 2012.
« Si le retour de l’ornement sur la scène architecturale n’est plus tout à fait un phénomène récent, il semble avoir trouvé de nouvelles motivations dans les transformations qui ont infléchi le travail de conception architecturale au cours des deux dernières décennies. Il a également bénéficié d’un riche contexte historiographique, mettant en exergue la fécondité des théories de l’ornement de la seconde moitié du XIXè siècle.
L’article développe l’hypothèse selon laquelle ces théories peuvent aider à construire un appareil analytique utile à la compréhension des œuvres contemporaines. Elles suggèrent en effet des outils conceptuels applicables à un vaste spectre de productions. Nourries par des ambitions pédagogiques, motivées par un contexte d’incertitude esthétique, elles interrogent les évolutions technologiques, les changements de matériaux, les interactions entre les déterminations fonctionnelle, technique et symbolique de la forme. En analysant les démarches ornementales de quelques architectes contemporains, il s’agit de souligner le réinvestissement d’une poétique architectonique liée aux motifs constructifs et à leur potentiel mémoriel. »
URL : http://journals.openedition.org/imagesrevues/2386

Rémi Labrusse, Face au chaos. Pensées de l’ornement à l’âge de l’industrie, Les Presses du réel, 2018

« L’âge industriel a correspondu à une extrême intensification, sans équivalent dans l’histoire, de la pensée sur l’ornement. Lorsque la mutation techniciste des sociétés contemporaines a révélé toute l’ampleur de ses conséquences, sur tous les plans de la vie, cette pensée est apparue comme une urgence esthétique, certes, mais aussi politique, anthropologique, métaphysique. À la croisée des principales lignes de fracture de la crise moderne, l’invention de formes destinées à décorer le monde est allée de pair avec une interrogation sur la structure de l’être et sur les fondements du travail et de la création.
Des architectes et des décorateurs, souvent oubliés de nos jours, ont collaboré à cet effort collectif, en s’émancipant de la seule pratique pour adopter une démarche théorique autonome. Confrontés à ce qu’ils percevaient comme un moment à la fois incandescent et catastrophique de l’histoire humaine, pourvus de peu d’instruments conceptuels pour le maîtriser, ils ont avancé dans une forêt obscure. En témoigne un corpus monumental de textes et de dessins, tout au long de la seconde moitié du XIXè siècle, dans lequel le concept d’ornement se trouve ressaisi à sa racine, avec autant d’enthousiasme que d’hésitations.
Alors furent exhaussées des strates complexes de besoins et de désirs qui sont encore les nôtres aujourd’hui. L’emprise presque totale des fabrications mécaniques, la multiplication vertigineuse des images techniquement reproduites nous situent en effet dans le même sillage. Notre sensibilité au reflux des marques de la vie dans notre environnement perceptif s’y aiguise, à divers degrés de conscience. Entre mélancolie, panique, refoulement et désir révolutionnaire, nous continuons donc à poser la même question : à quelles conditions la création de formes permet-elle à l’expérience vécue de se recomposer, dans un univers machinique qui en signifie la perte ? »

Rémi Labrusse, « Face au chaos : grammaires de l’ornement », in Perspective, 1 | 2010, p.97-121.
« À partir des années 1850, la faveur qu’a connue la notion de grammaire appliquée aux théories de l’ornement est un des nombreux symptômes de la critique ou, parfois, du rejet global de la civilisation industrielle moderne, au sein même de la culture occidentale. Par opposition à la notion traditionnelle de recueil, les grammaires ornementales se sont fondées sur un parallèle aussi passionné qu’approximatif entre formes linguistiques et formes artistiques. Le développement concomitant de la linguistique y a aidé, marqué par une volonté de dépassement de l’histoire et par la référence à un Orient fondateur. Chez les principaux défenseurs de la grammaticalité des ornements – Gottfried Semper en Allemagne, Owen Jones en Angleterre, Jules Bourgoin en France, notamment –, cette pensée fut orientée vers l’horizon d’une nouvelle Renaissance, rompant avec la tradition classique de la mimesis et conférant au décorateur la capacité à articuler, par lui-même, sa pratique à une science, à une philosophie et à une praxis individuelle et collective. »
Rémi Labrusse, « Face au chaos : grammaires de l’ornement », Perspective [En ligne], 1 | 2010, mis en ligne le 14 août 2013, consulté le 04 novembre 2019. URL : http://journals.openedition.org/perspective/1222 ; DOI : 10.4000/perspective.1222

Adolf Loos, « Ornement et crime » (1908), in Ornement et Crime et autres textes, Poche, 2015.

Adolf Loos, « Ornement et crime » (1908), in Ornement et Crime et autres textes, Poche, 2015.

Adolf Loos, « Ornement et crime » (1908), in Ornement et Crime et autres textes, Poche, 2015.

Adolf Loos, « Ornement et crime » (1908), in Ornement et Crime et autres textes, Poche, 2015.

Adolf Loos, « Ornement et crime » (1908), in Ornement et Crime et autres textes, Poche, 2015.

Aloïs Riegl, Questions de style : fondements d’une histoire de l’ornementation,Hazan, 2002 (1893).

« Questions de style est le premier des grands ouvrages de l’historien d’art autrichien Aloïs Riegl (1858-1905). Il fait à ce titre figure de texte “manifeste”, au sein du courant “formaliste” dont Riegl est, avec Heinrich Wölfflin, un des représentants les plus célèbres. Conservateur au musée des arts appliqués de Vienne, Riegl fonda son histoire de l’art sur des objets ou des œuvres jusqu’alors considérées comme “mineures”. C’est en partant des motifs développés dans les tapis anciens d’Orient, dans l’ornementation végétale, ou dans l’art réputé “décadent” du Bas-Empire romain, qu’il construisit et affina les catégories formelles sur lesquelles devait reposer son histoire de l’art.
Publiées en 1893, les Stilfragen (Questions de style) traitent de l’évolution des motifs végétaux dans l’ornementation de l’Antiquité. C’est avant tout en réponse à l’”évolutionnisme matérialiste” de l’architecte et historien d’art Gottfried Semper ou du sculpteur Adolf Hildebrand qui faisaient dépendre le style de trois puissants déterminants — le matériau, la technique et la fonction de l’œuvre —, que Riegl développa sa propre théorie. Riegl considère sur une longue période, de l’art préhistorique à l’Art byzantin, l’évolution de la représentation et de la stylisation des motifs végétaux les plus communs : fleurs de lotus, palmettes, rinceaux, feuilles d’acanthe. Le sujet trouve alors son unité dans les divers motifs qui révèlent l’évolution stylistique dans tous ses enchaînements, plus que dans la multiplicité d’objets au sein desquels ces motifs sont saisis : armes, ustensiles de cuisine, poteries, frises, chapiteaux, mosaïques ou tapisseries. Dans un premier chapitre qui constitue déjà une leçon de méthode, par son empirisme rigoureux et la prudence de ses déplacements d’objet en objet, Riegl montre qu’il n’est pas possible de trouver dans l’art textile, comme Semper par exemple le croyait, la source unique du “style géométrique”. Nombreux sont les inscriptions et les motifs géométriques qui, en effet, s’étaient déposés sur des ossements, prouvant ainsi que les “arts plastiques” autant que les “arts de la surface” avaient servi de support aux premières tentatives d’invention formelle. Le chapitre sur “les débuts de l’ornementation végétale et le développement du rinceau ornemental” forme le cœur de l’ouvrage — et pour ainsi dire une sorte de “livre dans le livre”. On y suit les transitions qui font passer du motif du lotus dans l’art égyptien, au développement du motif de la palmette, en Mésopotamie, en Phénicie et en Perse. Elles illustrent déjà ce que Riegl considère comme une évolution vers la “pure ornementalité”. Autre exemple de métamorphose qui conduit les formes vers la recherche d’une “totale liberté” ornementale : le rinceau végétal au mouvement rythmé dans l’Art grec. Il laisse apparaître un autre motif, l’acanthe, dont Riegl montre que, de l’Art mycénien au style du Dipylon, de Milo à Rhodes, son évolution finit par ne plus répondre qu’à des desseins strictement artistiques. C’est le sens même d’un des concepts essentiels dans la pensée de Riegl, que l’on ne trouve qu’implicitement, in nuce, dans les Questions de style : les traits stylistiques les plus manifestes dans l’art d’une période, et les lois qui régissent la modification des formes dépendent de ce qu’il désigne alors comme une “pulsion artistique immanente”. Cette pulsion, cette force autonome, Riegl la nommera plus tard “volonté d’art” (Kunstwollen).
(…) &nbsp;&raquo;
François-René Martin, « Aloïs Riegl. Questions de style : fondements d’une histoire de l’ornementation », Critique d’art [En ligne], 21 | Printemps 2003, mis en ligne le 27 février 2012, consulté le 04 novembre 2019. URL : http://journals.openedition.org/critiquedart/1952

Jacques Soulillou, Le Décoratif, Klincksieck, 2016.

« Si le sens commun a une idée de l’existence de cette notion esthétique, traditionnellement assimilée au mauvais goût et au kitsch dans les grands récits de l’histoire de l’art, il lui est difficile de définir clairement les contours du concept impalpable qu’est le décoratif. C’est pourtant ce que réussit très brillamment Jacques Soulillou dans cet ouvrage concis et intelligiblement structuré. Il y “décortique” les différentes notions qui gravitent autour du décoratif : l’ornement, le décor, decorum, pour les distinguer du décoratif, qui n’est ni un style, ni un adjectif, ni une norme –et n’est donc absolument pas analogue aux arts dits “décoratifs”. C’est en explicitant ce que le décoratif n’est pas, que l’auteur met en lumière, dans les interstices entre ces notions proches, sa définition : ce qui dépasse l’ornement et s’inscrit dans l’excès, ce résidu qui ne correspond à aucun goût prédéfini. La difficulté de ce concept réside dans son invisibilité. Le décoratif est plus qu’un supplément parasite greffé au décor. Il est le double maudit de l’aura de l’œuvre d’art dont parle Walter Benjamin et menace de l’assombrir au point de l’éclipser (p. 18). Cette formule est peut-être ce qui résume le mieux la nature du décoratif. Aura et décoratif sont de la même nature impalpable. Spectre planant sur l’œuvre d’art, l’auteur le décrit comme le “stigmate visuel qui déclasse et humilie tout ce qu’il touche”.
L’entreprise de l’auteur n’est pas de déterminer si le décoratif relève du “bon” ou du “mauvais goût”, mais d’expliciter ce concept et de montrer sa présence, sous-jacente au jugement de goût, à différentes époques. A l’âge classique, le décor sert à montrer son rang social et le goût se définit par le prisme de la convenance. Dans ce contexte, le décoratif est l’excès de dépense de personnes non-légitimées : les ornements acquis par des personnes d’un rang non-suffisant relèvent du décoratif – ce qui a donné, par extension le terme “vulgaire”, du latin vulgus, le peuple. Le second moment a lieu à l’époque des modernismes, à partir de la seconde moitié du XIXè siècle et s’illustre particulièrement dans l’architecture. A cette époque, le décor doit constituer une œuvre d’art totale. Le décoratif est ce qui n’a pas été planifié dans le programme de ce décor parfait. L’architecte Frank Lloyd Wright se plaint d’ailleurs de ses clients qui emménagent dans ses “œuvres architecturales” avec leurs vieux meubles. Dans ces décors parfaits, une peinture, si elle n’entre pas en harmonie totale avec ce qui l’environne, n’a pas droit de cité : l’auteur nous rapporte l’anecdote des toiles que Robert Mallet-Stevens relègue au placard dans une villa d’Hyères dont il est l’auteur. On arrive alors à un paradoxe qui signe la fin de ces utopies anti-décoratives : l’œuvre d’art, qui avait à l’âge classique une valeur esthétique, attribuée sur une échelle allant du divertissement au sublime, bascule du côté du décoratif. Après la Seconde Guerre mondiale, des pratiques vont en réaction questionner la relation entre l’œuvre et son contexte d’exposition, à l’instar de Claude Rutault qui accroche des monochromes sur des cimaises peintes de la même couleur.
(…) »
Eloïse Cariou, « Jacques Soulillou, Le Décoratif », Critique d’art [En ligne], Toutes les notes de lecture en ligne, mis en ligne le 20 mai 2017, consulté le 04 novembre 2019. URL : http://journals.openedition.org/critiquedart/22331

Jacques Soulillou, Le livre de l’ornement et de la guerre, Éditions Parenthèses, 2003.
« Une méthode qui chercherait à se tenir au plus près de son objet, et qui donc procéderait par nœuds, construisant de proche en proche un entrelacs, un pattern, une broderie. D’où par effet méthodologique le fait que ce livre ne commence pas et ne finit pas non plus — n’en finit pas : de faire des nœuds et dessiner des arabesques. Est-ce avec la violence, le don, le sacrifice, la beauté ou la sexualité que l’ornement s’enroule pour former un premier lien, une première attache ? Réponse indécidable, question hors méthode, laquelle n’est pas un chemin avec un départ et une arrivée, plutôt un déroulé, à la manière d’un tapis ou d’un papier peint, avec des motifs qui puisent leur iconographie tantôt dans l’architecture, l’art, la philosophie, la décoration intérieure, l’anthropologie. Éclectisme, autrement dit « aptitude à choisir », dans différents champs, différents domaines, car rien n’est étranger à l’ornement — même pas la guerre. »

Bibliographie