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L’ « Habiter » d’Heidegger expliqué par Thierry Paquot

Thierry Paquot explique dans un passage de son ouvrage Un philosophe en ville* la notion d’« habiter » telle que la conçoit Heidegger.

« C’est en 1951, à Darmstadt, à l’occasion d’une rencontre sur « l’homme et l’espace » que Martin Heidegger prononce une conférence intitulée « Bâtir Habiter Penser », qui dorénavant s’impose comme une référence « classique ». L’Allemagne est alors encore en ruines et il déclare tranquillement qu’il n’y a pas de crise du logement, pour aussitôt ajouter : « (…) la véritable crise de l’habitation ne consiste pas dans le manque de logements. La vraie crise de l’habitation, d’ailleurs, remonte dans le passé plus haut que les guerres mondiales et que les destructions, plus haut que l’accroissement de la population terrestre et que la situation de l’ouvrier d’industrie. La véritable crise de l’habitation réside en ceci que les mortels en sont toujours à chercher l’être de l’habitation et qu’il leur faut d’abord apprendre à habiter. » (Essais et conférences, 1958). Pour Heidegger, « habiter » n’est pas synonyme de « l’habiter », qui désigne le fait de résider quelque part, de faire sien un logement, un quartier, une ville. « Habiter » est la réponse des mortels à l’appel à être-présent-au-monde-et-à-autrui, du reste dans la même conférence, le philosophe indique qu’« (…) habiter est le trait fondamental de l’être (…) » et que le « rapport de l’homme aux lieux et, par des lieux, à des espaces réside dans l’habitation. La relation de l’homme et de l’espace n’est rien d’autre que l’habitation pensée dans son être. » L’espace n’existe pas en tant que tel – géographiquement si vous voulez –, il advient. Comment ? Par le ménagement des lieux. Il s’agit là d’une action existentielle, d’un « pour ceci ou celà », c’est dire si « habiter » ne dépend pas seulement de l’habitabilité d’un logement ou de la qualité architecturale d’un bâtiment. Ce sont certainement des conditions favorables mais l’essentiel est ailleurs. Cet ailleurs consiste à vivre au plus près de soi avec et parmi les choses et les humains.»

Plus loin, Thierry Paquot précise la nuance entre « avec » et « parmi », nuance d’autant plus importante à saisir à l’aune des outils et des effets des technologies de communication et d’information numérique.
Être « avec » est de l’ordre de la présence physique, être « parmi » est de l’ordre d’une proximité, qui peut être réalisée à distance. Ainsi, « L’ère numérique facilite le parmi sans toutefois réaliser pleinement le avec.»

Thierry Paquot, Un Philosophe en ville, inFolio, Deuxième édition, 2016, p.212-213.

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