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Gaetano Pesce, Urbanité, 1980

« Il n’existe pas de ville meilleure qu’une autre, mais il existe celle avec laquelle nous avons le plus d’affinités. L’expression « j’aime cette ville » présuppose la connaissance de la ville-même. Nous nous trouvons bien dans notre ville, dans notre quartier, par le seul fait qu’ils nous sont connus.
Quando infatti noi esprimiamo il nostro gradimento per una citta’ che ci e’ nuova, tale gradimento significa che in essa noi abbiamo ritrovato cio’ che conoscevamo gia’, qualche cosa che esisteva gia’ nella nostra memoria, qualche cosa di familiare, ecc.
En d’autres termes, notre réponse est faite de satisfaction, quand la découverte d’un espace urbain nous révèle une grande partie de ses caractéristiques de façon à ne pas requérir de notre part un effort. Tandis que nous réagissons irrationnellement avec une simple phrase de renoncement « je n’aime pas cette ville », face à un espace urbain que nous ne comprenons pas à cause de ses dimensions, de sa culture différente, de sa langue, de son climat, de ses usages, de ses habitudes. Dans la plupart des cas, le nouveau dérange, l’inconnu, le non familier, ce qui est différent, agacent.

Tout comme est également humaine ma résistance que nous opposons à chaque élément nouveau qui force les acquis de notre connaissance. Donc, habituellement, on apprécie les quartiers haussmanniens, le Piaze Mussoliniane, Speer’s Prachtstrassen, da irhe Absichten die theatralischen und Ansehenzwecke betreffend für die politische Macht die sie gewolt haben, sofort klar sind und mit einem Stilkalalog den wir schon kennen uberein stimmen.
Pour d’autres raisons, la cité médiévale nous fascine, pentru cã recunoastem în ea importantul coeficien de libertate de interventie pe care’ o reprezinta si pe care-I aveau locuitorii din acea perioada in comparatie cue noi. La cité moderne, si nous faisons une comparaison, comme souvent on l’a faite d’une façon erronée, avec la cité médiévale, ou même avec celle de la Renaissance, ne nous satisfait pas parce que, dans un certain sens, nous ne l’avons pas encore comprise. On ne peut pas, à mon avis, confronter un noyau urbain qui a des siècles de stratifications culturelles diverses avec un autre qui n’a que quelques décennies de vie.
That one cannot stand the comparison, because it’s still reflecting the sole image wanted by those who designed it.
C’est en outre une erreur de rendre coupable la cité moderne du manque de créativité actuel et des tensions existant à notre époque. Il serait facile de faire observer que les villes modernes que nous critiquons sont en fait produites par nous-mêmes. Ma ritengo in ogni modo che prima di dichiarare che la città moderna ha fallito, si dovra’ attendere ancora qualche generazione. On ne condamne pas la cité moderne simplement parce qu’elle abrite souvent les exubérances de ses habitants.
Özellikle bazi asirilikar, mutehassis ve aydinlar tarafindan kisilerin olumsuz yönleri olarak nite lendiril-memeli, aksine bu asiriliklar, bastirilmaii veya duzgünlestirilmemis hayati iralayicilara sahip kisilerin tabri davranislari olarak kabul edilmeli.
O que chamamos violência não programada e dagradacão do meio ambiente, deveriam ser observados como fatos da vida quotidiana.
Les urbanistes, les sociologues, les experts de la ville, d’un côté en soutiennent la gestion de la part des habitants, mais, de l’autre côté, pratiquemment, émettent des critiques quand ceux-ci s’expriment à travers leurs propres moyens.

Éventuellement, ce qui ne va pas est à rechercher dans une autre direction : à d’autres époques, l’édification de la cité intervenait sur la propre initiative de ses personnes. Celles-là s’implantaient avec leurs habitations autour d’un noyau constitué par la cathédrale ou par tout autre point fort de ce qu’on appelle le tissu urbain.
Lentement, au fil du temps, les législations qui réglaient les nouvelles interventions sont devenues extrêmement complexes et rigides au point que :

En particulier, les villes européennes dénoncent ce problème que l’on cherche à dépasser en cherchant à favoriser la formation des associations de quartier, des organisations d’habitants, etc. Mais normalement le faire ensemble means often a renunciation from the individual, and it is not by renouncing that is possible to develop the creativity. En outre, de tels groupes reflètent normalement le pouvoir que l’on voudrait combattre, parce qu’ils en sont une image réfléchie et décentralisée. Je dirais que ce n’est pas en prévoyant des pages blanches dans le tissu urbain, à compléter par les habitants ou les associations de quartier et avec la législation actuelle, que l’on améliore la cité moderne. Celle-ci est ce qu’elle est, faite par nous à notre époque, et je pense même que notre époque y est représentée d’une façon efficace. Que l’on donne le temps à la ville nouvelle de se stratifier, en n’oubliant pas que una implantación urbana relativamente reciente (casi tres siglos) que es Nueva York (su legislación ne prevee fundalmentamente màs que siete leyes urbanas) ha empezado a ser un pole de atracción mundial, por lo tanto un tejido cÍvico muy rico, desde hace sólo algunas deceniàs. je n’en imputerai pas la faute pour autant au mouvement moderne, qui a même su ne pas tomber dans les pièges tendus par la nostalgie, et si aujourd’hui nous campons sur des positions différentes, il faut reconnaître que son refus de l’histoire comme véhicule nostalgique est une chose qu’il importe de conserver présente à l’esprit. Le mouvement moderne s’est bien gardé de se mélanger avec l’éclectisme historiciste, et son idéologie architecturale et urbanistique a su, en son temps, donner forme aux espérances de renouveau de cette époque. Je le répète : qu’on ne crie pas à l’échec de la ville moderne, qu’on ne se laisse pas influencer par les modes actuelles, una delle quali sono i grandi discorsi che si fanno sull’identita’.

qui se fait sentir actuellement, mais si d’une part nous devons dépasser ce qui a été acquis par le mouvement moderne, je ne crois pas qu’on puisse par ailleurs concrétiser nos espoirs en proposant le passé.
Le problème représenté par l’identité, je m’en rends compte finalement, est un faux problème. Celui qui s’interroge à propos de ce que peut-être sa propre identité se fourvoie lui même dans une problématique dépassée, dans son histoire, dans l’histoire du lieu qu’il a habité, dans la culture de ses origines. En général, il se met lui-même en rapport avec ce qu’il a été, pour retrouver le moyen de le réactualiser. Ce qui signifie faire de nous-mêmes un objet de l’histoire.

En la trouvant, en effet, nous trouvons ce que nous avons été, et ce n’est pas ainsi que nous dépasserons la frustration que nous vivons, découvrant que la vie d’aujourd’hui est égale à celle d’hier. « Il y a toujours des chemins nouveaux. Il ne faut plus passer que par eux. » Pour la ville également le problème de son identité est un faux problème. L’espace urbain ne peut pas avoir d’identité, puisqu’organisme en constant devenir et qui peut passer d’une expression à une autre dans un même moment. Je dirais plutôt que les villes qui révèlent une identité sont des organismes statiques, figés dans l’histoire. Elles expriment l’identité qu’elles ont acquise dans une période déterminée du passé, et la livrent comme un document, mais le présent en est forcément exclu. Un esempio puo’ essere Venezia, fissa nella storia : di fronte alla sua straordinaria complessita’ si e’ preferito non rischiare l’intervento, destianadola ad essere ferma nel tempo, ammutolita verso il presente e loquace della storia passata.
Mais la ville qui possède une identité nous offre des qualités de vie que les villes nouvelles ne peuvent donner à cause de leur conception planifiée. De celles-ci, les populations, exaspérées par la mauvaise qualité des lieux qu’elles habitent, se caractérisent par le manque de caractères humains, sociaux, et par l’abondance d’expressions marginales. Différente est la ville européenne traditionnelle ou celle qui a été refaite avec des préoccupations d’identité : elles nous donnent des visions équilibrées, du calme urbain, de l’harmonie sociale.
Perhaps I’m wrong, but I would say that there isn’t any new town giving us the satisfaction induced by the recognition of what we already knew. Il y a plutôt des lieux qui expriment, comme je le disais, des concepts neufs comme la violence des minorités, le besoin de repli sur soi-même et de l’inégalité, le besoin de choses diverses, la rivalité de l’esprit humain, le besoin d’exception et le besoin constant d’altérer. Vahset ve bozum, kügültüm, dagitim insan karekterinin bir parcasi ve sonucu olduguna göre, onlari korumaya ve ortaya koymaya calisma liyiz.

Cher lecteur, je suis contre toi. Combien « plaît » la relève de la garde au monument au soldat russe à Berlin et combien, en revanche, nous sollicitent Francfort ou Houston avec leurs expressions incontrôlables et méconnues !!! Certainement, je suis d’accord avec celui qui affirme que la ville est le fruit des personnes qui l’habitent, et il faudrait que le pouvoir n’est définisse pas l’image. The city is everyone’s and no one’s business. Mais n’est-il pas vrai aussi qu’un certain pouvoir peut décider comment une zone urbaine le représente, selon ce qu’il pense être la culture majoritaire du moment ? Toutefois, le discours ne devrait pas se limiter à cela. Celui-ci est beaucoup plus vaste : ce qu’il faudrait, aujourd’hui, est un changement profond et substantiel de la vie sociale que nous avons depuis le XVIIIè siècle. Aujourd’hui nous n’entendons plus demander à d’autres la solution de nos problèmes, nous ne désirons plus que le choix de notre existence soit assumé par d’autres.

L’autonomia, di cui tanto si parla a proposito e a sproposito, indica semplicemente che non vogliamo piu’ lottare per i grandi traguardi, mais que nous voulons vivre plus librement nos besoins minoritaires. Et je dirais qu’il est triste de reconnaître que, dans la réalité actuelle, il n’y a pas encore de signes d’un besoin du concept du petit ; les luttes qui surviennent sont encore et toujours celles pour le grand pouvoir, absolu, traditionnel, nostalgique. Donc le problème n’est pas abordable selon un aspect singulier, mais n’est la totalité de la vie communautaire qui est à revoir au XXè siècle.

Qu’actuellement le concept de morale centralisée est dépassé, alors que la morale aujourd’hui existe sous des formes multiples. Sans morale, on ne vit pas ; mais on ne vit pas non plus avec une morale unique et imposée. Notre espérance, qui n’a rien à voir avec le problème de l’identité, est de créer et de posséder notre propre morale.
Il futuro e’ donc la multitude.

care coexista.
C’est l’ensemble des interventions de tous les comportements qui cohabitent. C’est l’absence de « programmes » ; c’est l’expression spontanée. L’urbanité, donc, est la multitude des idées sur la vie qui coexistent, et elle est, entre autres, constituée par the whole of architectural interventions more or less valuable : l’urbanité sera la plus grande marge de liberté, de définitions de l’espace urbain de la part de la personne ou du groupe minoritaire. La réflexion « qu’il n’y a plus de perspective pour le “grand”, si ce n’est à travers la violence organisée », devrait nous convaincre notamment de ne plus théoriser sur la ville comme concept, mais sur « une ville » ; ne serait-ce que parce que celle-ci représente une matière trop vaste pour être circonscrite par une seule vision des choses.

La ville, à l’inverse, est l’ensemble des expressions, des personnes qui s’y expriment selon les vastes aspects du caractère humain, quels qu’il soient, et elle est en devenir continuel. En fait, bien au contraire, il se passe que ceux qui, depuis des générations, ont perdu beaucoup des élans spontanés de la personne humaine, tendent à convaincre ceux qui ne les ont pas encore perdu de se laisser « normaliser ». E’ un po’ come l’idea che Pasolini aveva della scuola : essa e’ normalizzata per servire al maggior numero di persone dalle origini, culture e classi differenti. L’insegnante deve comunicare il suo sapere in modo pianificato per renderlo usufruibile alla diversita’ degli allievi. Di tale scuola possiamo fare’a meno, affermava il poeta. Peut-être vaut-il mieux concevoir la ville comme notre planète, formée d’un plus ou moins grand nombre de petits territoires plus ou moins clos, chacun de ceux-ci répondant à des caractéristiques propres (et cela se vérifie en partie dans certains territoires urbains). Il y aura celui où

Et celui où, en revanche, dejan a un Dios la decisión de nuestros destinos, ou l’autre où
Ou alors que c’est le pouvoir, pouvoir que nous avons voulu, et dont nous dépendons, qui a la responsabilité de notre mode de vie : lui connaît et décrète l’urbanité que « nous » désirons. Ou dans cette autre zone où l’on réclame la libera determinazione di noi stessi secondo i nostri istinti naturali, ou celle dans laquelle they believe that the money can decide all the things, and we depend by it, ou encore la zone où die Natur herrscht und vor welcher die Einwohner Respekt oder Angst empfinden, ou le quartier de l’identité où nous nous trouvons entourés « d’architectures d’accompagnement , ou dans emniyet ve dinginlikten dolayl, bir azinlik bu issiz alanda toprak altinda yasiyor, ou celle où

ou celle encore where people think of entertaining themselves and make the others get also entertaining, according to the different kinds of what is pleasure, that is where the consumption ideology is at its extreme development, ou dans la zone pulita, ou dans cette sale, ou dans celle black

azur, blanca, etc. Je suis peut-être en train de parler d’une ville atomique, dans le sens que celle-ci appartient à une période historique où chaque préjugé et idéologie centralisée ont explosé ou exploseront en d’innombrables petits fragments, chacun de ceux-ci tendant à vivre de manière centrifuge, autonome et seulement apparemment isolée…
C’est peut-être dans une ville de ce type que nous pouvons, la visitant ou l’habitant, reconnaître l’époque que nous vivons, ses caractéristiques, ses problèmes, ses différences, ses qualités, ses évolutions… C’est dans une ville de ce type que nous pouvons peut-être comprendre notre vie à travers la confrontation avec d’autres formes de celles-ci, assumées par ceux qui, pour des raisons absolument non contestables, nous renvoient de leur existence une image discordante.

In À la recherche de l’urbanité : savoir faire la ville, savoir vivre la ville, Academy-Editions-Paris, 1980, p. 28-30.

In Gaetano Pesce, Cinq techniques pour le verre / L’expérience au CIRVA, Musées de Marseille – Réunion des musées nationaux, 1992.

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