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Alvar Aalto à propos du Sanatorium de Paimio, dans « Humaniser l’architecture », 1940.

Passage extrait de Alvar Aalto, « Humaniser l’architecture », The Technology Review (Cambridge), novembre 1940, dans La table blanche et autres textes, Parenthèses, 2019 (1997), p. 103-105.
(…) Les scientifiques utilisent souvent pour leurs analyses des phénomènes particulier – bactéries colorées et autres — afin d’obtenir des résultats plus clairs et plus visibles. L’architecture peut adopter les mêmes méthodes. J’ai personnellement travaillé sur un projet d’hôpital qui m’a permis de constater que les réactions physiques et psychologiques des malades fournissaient des indicateurs applicables aux logements ordinaires. Si l’on regarde au-delà du fonctionnalisme technique, l’on constate que beaucoup d’éléments de notre architecture actuelle ne sont pas fonctionnels sur le plan psychologique ou psychophysiologique. Afin d’étudier les réactions de l’individu aux formes et aux structures, il peut être utile d’effectuer des observations sur des personnes particulièrement sensibles, par exemple les patients d’un sanatorium.
Des expériences de ce type ont été menées à l’occasion de la construction du sanatorium de Paimio, en Finlande, principalement dans deux domaines : 1) la relation entre l’individu et la chambre où il séjourne et 2) sa protection par rapport à la foule et à la pression exercée par la vie en collectivité. L’étude des relations entre l’homme et son cadre de vie, qui a été menée à l’aide des chambres expérimentales, a porté sur la forme des espaces, les couleurs, la lumière naturelle et artificielle, le système de chauffage, le bruit, etc. Cette première expérience a été faite sur des personnes en état de grande faiblesse, à savoir des malades alités. Elle a notamment permis de constater la nécessité de modifier les couleurs des chambres. L’expérience a aussi montré que ces dernières devaient être, sur de nombreux points, différentes de ce qui se fait habituellement. Cette différence peut se résumer ainsi : une chambre ordinaire est faite pour une personne en position verticale, tandis que celle d’un patient est destinée à une personne en position horizontale, et les couleurs, l’éclairage, le chauffage, etc. doivent être conçus en tenant compte de cette particularité.
En pratique, cela signifie que le plafond doit être plutôt foncé et que sa couleur doit être choisie avec soin car ce sera la seule que le patient allongé verra pendant des semaines et des semaines. La lumière artificielle ne doit pas provenir d’un plafonnier ordinaire et la principale source lumineuse doit se trouver à l’extérieur du champ de vision du malade. Pour le chauffage de la chambre expérimentale, l’on a retenu un système de radiateurs placés au plafond, orientés de manière à chauffer principalement le pied du lit et à éviter que la tête du patient soit directement exposée au rayonnement calorifique. L’emplacement des portes et des fenêtres a également été conçu en fonction de la position du malade. Afin de réduire le bruit, l’un des murs de la chambre absorbait les sons et l’angle d’incidence de l’eau sortant des robinets des lavabos (chacun des patients des chambres pour deux personnes avait le sien) avait été calculé de manière à ce qu’elle coule en silence dans la vasque de porcelaine.
Ce ne sont là que quelques éléments de la chambre expérimentale du sanatorium, surtout mentionnés ici afin d’illustrer la nature des méthodes architecturales, qui intègrent toujours un ensemble de phénomènes techniques, physiques et psychiques dont aucun n’est jamais isolé. Le fonctionnalisme technique n’est valable que s’il est étendu au champ psychophysiologique. C’est le seul moyen d’humaniser l’architecture.
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