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Gustave Serrurier-Bovy (1858-1910).

Pour le présenter, voici une traduction du passage que lui consacre Victor Margolin dans World History of Design (T.1, p.291).

« Lors d’une visite en Angleterre en 1884, Serrurier-Bovy, architecte et concepteur de meubles, fut saisi par la philosophie de Ruskin et le travail de Morris. Quand il rentra en Belgique, il ouvrit une boutique à Liège où il vendait des céramiques et des textiles parmi d’autres produits de la firme londonienne Liberty & Co. Au début des années 1890, il ouvrit son propre atelier de mobilier et fabriquait des ensembles de meubles de style Anglais. Lors de la première exposition de La Libre Esthétique*1 en 1894, Serrurier-Bovy présenta un ensemble complet d’ameublement. Sa “Chambre d’artisan” présentée à l’exposition de la Libre Esthétique l’année suivante, montrait de manière encore plus évidente son allégeance initiale au style rustique Anglais, par les poutres du plafond, les frises florales des murs et la cheminée dans le coin de la pièce.

La Maison de l’Artisan, pour l’Exposition de La Libre Esthétique, 1894.

L’un des concepts de l’exposition, et celui qui conditionnait l’adoption d’une nouvelle esthétique en Belgique, reposait sur l’idée que l’art devrait faire partie de la vie quotidienne, et Serrurier-Bovy affirmait que l’Art nouveau ne pourrait s’épanouir que s’il était accessible à toutes les classes sociales. Le design destiné aux ouvriers a continué d’être important pour lui, c’est ce qui l’amena, dix ans après cette exposition, en 1905, à la création d’un modèle d’habitation ouvrier*2.
En plus d’être le plus grand pourvoyeur d’esthétique Arts & Crafts en Belgique, Serrurier-Bovy organisa aussi à Liège en 1895, une exposition plus ouverte, L’Œuvre Artistique, qui faisait preuve de l’attitude cosmopolite des élites belges envers l’art moderne européen. Elle présentait en premier lieu des œuvres d’art décoratif par des artistes Belges, Français, Hollandais et Anglais mais montrait aussi des livres, des affiches, des papiers-peints, des céramiques, du métal et des projets d’architecture. en dépit de ce qu’il devait au mouvement des Arts & Crafts, Serrurier-Bovy déclarait en 1896 qu’il s’était libéré de son influence formelle, même s’il continuait à concevoir du mobilier pour la classe ouvrière. Il introduisit également quelques innovations formelles comme l’usage de l’asymétrie dans ses buffets dans lesquels ils combinait plusieurs pièces de mobilier dans un seul meuble. »

Banc-bibliothèque, vers 1895.
Buffet-vaisselier, 1905.

*1. En 1894, l’organisation La société des vingt ou “Les vingt”, cercle d’avant-garde pictural crée à Bruxelles en 1883 par Octave Maus, devient La Libre Esthétique qui s’ouvre aussi aux arts décoratifs et défend l’esthétique et la pensée des Arts & Crafts sous l’influence de Henry van de Velde notamment.

*2. Dans le cadre de l’Exposition universelle de 1905, un comité présidé par l’ancien bourgmestre de Bruxelles et ami des arts, Charles Buls (1837-1914), lance un concours d’habitations à bon marché. Seize sociétés et trois établissements industriels y participent. Les projets retenus sont construits aux abords du parc de Cointe, boulevard Montefiore à Liège. Une vingtaine de petites maisons modèles s’offrent à la vue des visiteurs, mais aussi, puisqu’elles sont toujours en place, à celle des promeneurs contemporains. À ce concours, s’en joint un autre, pour la décoration intérieure et l’ameublement de ces habitations. Gustave Serrurier-Bovy, qui a déjà recueilli de nombreux compliments (et quelques critiques) pour ses créations précédentes, notamment pour la conception d’une « Chambre d’artisan » (exposition de la Libre esthétique, 1895), s’y illustre une fois de plus. Il réalise alors le décor de la maison construite par la Caisse générale d’épargne et de retraite. Serrurier-Bovy propose une
conception de mobilier avant-gardiste (mobilier Silex) comme réponse aux exigences du concours : exigences liées à la recherche de confort de l’habitation, aux notions d’hygiène et d’économie de
moyens.

Extrait de Camille Baillargeon, “Hygiène, art et ordre social. Le confort du home ouvrier de 1830 à 1930″, les analyses de l’IHEOS.

Autres projets remarquables :
Pavillon bleu, avec René Dulong, pour l’exposition universelle de 1900.
Restauration du château de la Cheyrelle, avec René Dulong, 1903-1905.
Villa Ortiz-Basualdo, Mar del Plata, Argentine, 1908.

Documents liés :

Luc Engen, Xavier Folville, Gustave Serrurier-Bovy, Acteur du Futur, catalogue d’exposition, MAMAC, Liège, 27.09.08 – 18.01.09.

Xavier Folville, Gustave Serrurier-Bovy, architecte, commerçant et industriel, ART NOUVEAU & ECOLOGIE : Nature, créativité et production au temps del l’art nouveau, Colloque Réseau Art nouveau, Milan, 2011.
[http://www.artnouveau-net.eu/portals/0/colloquia/Milano_Xavier_Folville_29032012.pdf]

Marie-Amélie Tharaud, « Un joyau éphémère de l’Art nouveau : le pavillon bleu à l’Exposition universelle de 1900 », Livraisons de l’histoire de l’architecture [En ligne], 19 | 2010, mis en ligne le 10 juin 2012, consulté le 17 octobre 2019. URL : http://journals.openedition.org/lha/246 ; DOI : 10.4000/lha.246
Résumé :
Restaurant de luxe édifié pour l’Exposition universelle de 1900, le Pavillon bleu est la première œuvre conjointe du célèbre décorateur belge Gustave Serrurier-Bovy et de l’architecte français René Dulong, dont l’association allait durer sept ans. Il constitue une enseigne publicitaire pour un établissement du même nom établi à Saint-Cloud. Idéalement situé sous la tour Eiffel afin d’attirer la clientèle, il se distingue de l’éclectisme dominant pour adopter un style Art nouveau séduisant et audacieux, dont l’originalité provient d’une bichromie bleue et jaune appliquée à une structure en bois singulièrement mise en valeur. La collaboration entre Serrurier, décorateur, et Dulong, architecte, a ainsi donné lieu à une œuvre à la fois harmonieuse et affirmée, relativement bien accueillie par la critique dans un contexte pourtant hostile à toute manifestation ostentatoire de modernité. Le Pavillon bleu échoue cependant dans sa vocation première, mercantile, comme en témoignent les déboires financiers de son concessionnaire, qu’il faut peut-être attribuer aux défaillances du commissariat de l’Exposition universelle ; sa réussite est donc véritablement d’ordre artistique. Méconnu de l’historiographie du fait de son caractère éphémère – il a disparu après la fermeture de l’Exposition à une date inconnue –, il n’en constitue pas moins un édifice brillant et emblématique d’un Art nouveau de style franco-belge.

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